Historique
   
 
 
Histoire de Tenon
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
     
 
Histoire de Tenon
 
     
 
 
     
 
« Ce que le Roi n’eût pas dû ignorer »
 
     
 
Quand en 1777, l’empereur Joseph II qui vient de fonder le grand hôpital de Vienne et la maternité de l’hôpital des enfants à Prague, se rend à Paris, il demande à visiter l’Hôtel Dieu. Son encombrement et sa saleté l’indignent. De retour à Versailles, il apprend à son beau-frère, Louis XVI « ce que le Roi de France n’eût pas dû ignorer ». Le souverain nomme une commission composée de Lassonne, son premier chirurgien, de Daubenton, de Lavoisier et de Tenon ; elle est présidée par Bailly. Dans son rapport, la commission préconise le déplacement de l’Hôtel Dieu et précise les conditions que doit remplir, à cette époque, un hôpital moderne digne de ce nom.

L’hôpital de Ménilmontant

L’administration décide d’édifier un nouvel hôpital entre Lariboisière(1) et Saint-Antoine, sur les coteaux de Ménilmontant(2), dans un des faubourgs que la ville annexe en 1860. Pour la somme de 1 600 000 F germinal, elle acquiert un terrain de forme trapézoïdale d’une surface de 52 674 m², situé à quatre cents mètres au nordest du mur de clôture du cimetière du Père Lachaise. Un décret de 4 mars 1868, annonce l’hôpital prévu, dont on établit les plans.

Le corps médical émet de nombreuses critiques. Ainsi, la Société impériale de chirurgie déclare que ni les besoins de la population, ni ceux de l’enseignement ne nécessitent un hôpital de six cents lits. Par ailleurs, on risque de voir s’élever un établissement très onéreux, dont chaque lit, en dehors du prix d’entretien et de nourriture des malades, reviendrait à 1 500 F de loyer annuel, l’équivalent d’un appartement avec salon, salle à manger, chambre à coucher et cuisine (3).

Ces revendications n’empêchent pas la préfecture de la Seine, dont dépend à l’époque l’Assistance publique, de poursuivre ses projets. Les travaux débutent en 1870. Interrompus par la guerre et la Commune, ils ne s’achèvent qu’en 1878. Le ministre de l’Intérieur de Marcere l’inaugure le 20 novembre. Un arrêté préfectoral du 14 février 1879 stipule son nom définitif : Hôpital Tenon.

Tenon, un hôpital moderne
Lors de son ouverture, l’hôpital Tenon, conçu par l’architecte Marie-Etienne Billon représente une réalisation remarquable. L’édifice doté de six cent trente-six lits, innove avec son pavillon de varioleux indépendant parfaitement organisé, ainsi que sa maternité équipée de chambres individuelles, préconisées par Tarnier. Monsieur Jansse, le premier directeur de Tenon s’enorgueillit de gérer cet hôpital moderne. Il communique sa fierté à sa fille, qui après la dernière guerre assurera, à son tour, la direction de l’établissement.

En 1878, Tenon est le premier hôpital de l’Assistance publique à employer des infirmières laïques ; jusqu’à présent, seules les religieuses dispensaient les soins dans les établissements hospitaliers (4). A cette époque, le travail des infirmières est particulièrement pénible. Jusqu’à la guerre de 1914, il n’existe que deux équipes : l’une de jour, l’autre de nuit, qui toutes les deux, exercent pendant douze heures d’affilée. Deux infirmières sont chargées de poser des ventouses, (jusqu’à huit cent mille sèches et dix mille scarifiées lors de certaines périodes).

Le service des bains est très actif : en une année, on donne 22 000 bains pour les hospitalisés, 39 000 pour les habitants du quartier. Le dimanche, 42 000 bains sulfureux sont réservés aux ouvriers peintres, coupeurs de poil de lapins... Il y a quatre ascensionnistes, deux de jour, deux de nuit, pour assurer le service des ascenseurs hydrauliques. Malheureusement, tous les bâtiments n’en sont pas pourvus.

Très vite, aucun lit de l’hôpital ne reste vacant. L’activité bat son plein. Quelques chiffres renseignent sur la nature des dépenses effectuées, il y a un siècle. La consommation par jour d’eau de rivière issue de la Seine et de la Marne est de 692 000 litres et celle d’eau de source de la Dhuys de 40 000 litres. La cuisine est faite à la vapeur. On distribue chaque jour 500 kg de pain, 600 litres de lait, 500 litres de bouillon gras, 320 kg de viande et 200 kg de légumes. Le sommelier délivre chaque jour 360 litres de vin ordinaire, 6 litres de banyuls, 1 litre de vin blanc, 3 bouteilles de champagne, 12 litres de rhum, 30 siphons d’eau de Seltz, 10 litres de quinquina, 4 litres d’alcool dénaturé, 2 litres d’alcool pur, 5 kg d’huile et 5 litres de vinaigre. On brûle par mois 300 kg d’huile à brûler, 6 kg de bougies d’allumeur et 60 kg de bougies de visite.

En 1891, on compte huit cent quatre-vingt-huit patients, et en 1898, neuf cent dixneuf. L’hôpital dessert une population qui s’étend sur un secteur très vaste : le XXe arrondissement, une partie de XIe et XIXe et une grande partie de la banlieue nordest. L’accroissement démographique nécessite d’agrandir les structures. On construit dans les jardins, en bordure de l’avenue Gambetta entre les années 1880 et 1920, le pavillon Dolbeau.

Avant la guerre de 1914, l’électricité est installée, le chauffage central modernisé et chaque service équipé d’un laboratoire. Peu de temps après cette guerre, on supprime les rideaux aux fenêtres, puis les poêles. En 1921, on adjoint un pavillon pour l’ophtalmologie et pour l’oto-rhino-laryngologie. En 1923, Pierre Vallery-Radot estime que l’hôpital peut accueillir mille vingt sept malades. Tenon détient alors, le record du nombre de lits après Lariboisière. Jamais un lit ne reste inoccupé et chaque matin, un médecin vient vacciner les entrants. En 1963, on compte 20 631 admissions, 302 000 journées d’hospitalisation et 236 640 consultants. Les brancards encombrent alors, les salles qui ne contiennent qu’une cinquantaine de lits et les chariots ont du mal à circuler.

En 1932, un certain nombre de services se spécialisent. Ils conservent leur vocation de services de médecine générale, mais possèdent en outre, l’équipement nécessaire à l’exercice d’une spécialité. Les services de chirurgie occupent quatre salles, ceux de médecine, deux salles abritant plus d’une centaine de malades chacun. Il existe un service à trois salles et un service à quatre salles, dont une crèche. Chaque chef de service s’adjoint un assistant, un seul interne et, par salle, deux externes. Etant donné l’éloignement de la Faculté, les stagiaires sont peu nombreux : quatre à huit par service ; ils remplissent bien souvent les fonctions d’externe. Les chefs de service disposent d’une salle de réunion, supprimée en 1947 - elle leur servait de vestiaire. L’arrivée de chaque patron est d’abord signalée par une cloche, puis par une sonnerie. Chacun d’entre eux est donc annoncé et identifié par un nombre spécifique de tintements.

Le service des infirmières est assuré par trois équipes qui se succèdent, et dans un angle de chaque salle se tient la surveillante. D’un seul regard, elle peut apercevoir les malades et surveiller les soins.

Pendant la guerre 39-40, lors de l’occupation, les autorités allemandes font évacuer une des salles pour hospitaliser les Israélites arrêtés et souffrants ; ce qui n’est toléré que pendant quelques semaines. D’après les témoins de l’époque, le concierge (5) de l’hôpital obéissant aux ordres donnés aurait interdit à M. Bollack, chef de service d’ophtalmologie, d’entrer.

Après la dernière guerre, la population du secteur augmente régulièrement. Tenon comprend mille quatre cent dix lits. Certaines années, l’hôpital reçoit jusqu’à mille huit cents hospitalisés, comme en 1955 lors de l’épidémie de grippe - les malades sont si nombreux que certains séjournent dans les salles d’attente des consultations voire même dans la chapelle. En principe, chaque service a son jour de réception, mais en fait, on reçoit chaque jour, car dès qu’un patient sort, un autre le remplace immédiatement. Il est fréquent qu’un service accueille quinze à vingt entrants par semaine. Si les malades aigus s’avèrent nombreux, un tiers des lits reste occupé par des chroniques dont on attend le placement pendant des mois. Devant toutes ces difficultés, le dévouement et la vaillance du personnel hospitalier, insuffisant en nombre, ne se démentent jamais.

Tout au long de ces années, l’hôpital s’améliore tant sur le plan de l’organisation que sur le plan social et de l’enseignement. Les chefs de service obtiennent un bureau et un poste de téléphone. Des postes d’assistantes sociales et de secrétaires médicales sont créés. L’hospitalisation à domicile et l’assistance aux cardiaques se développent. Le personnel dispose d’une bibliothèque mobile. L’enseignement collectif s’organise ; chaque semaine, les chefs de service dispensent des cours théoriques et présentent observations et clichés aux stagiaires, tous les matins à 9 heures.

Malgré ces évolutions, Tenon demeure un hôpital vétuste. Cette vieille maison parcourue par les courants d’air, avec ses salles surpeuplées, ses quatre W.C., ses quatre lavabos et quatre bidets, largement insuffisants pour une cinquantaine de malades, doit être rénovée.

Le service de radiologie ne se trouve pas mieux pourvu. Cette sorte de boyau obscur aboutit à des salles d’examens, trop peu nombreuses. Ainsi faut-il attendre deux à trois semaines pour obtenir un rendez-vous pour un examen d’estomac. En 1956, l’administration décide de reconstruire un service moderne de radiodiagnostics.

Pour des raisons inconnues, les travaux sont arrêtés. En 1959, le gag! les internes lancent une invitation pour inaugurer le service de radiologie. Le directeur de l’hôpital Lariboisière, le médecin chef du Val-de-Grâce en tenue, de nombreux édiles, plusieurs personnalités... et radio-Luxembourg se retrouvent sur un chantier désert. Les internes offrent le champagne à leurs invités sur la terrasse, devant un buste de Marianne (6). La véritable inauguration a lieu en 1961.

Un hôpital fonctionnel

Jusqu’alors, les efforts pour moderniser l’hôpital Tenon se déroulent un peu au hasard et sans idée directrice. A partir de 1963, commencent les rénovations suivant un plan d’ensemble et avec l’aide financière de la Sécurité sociale. De nouveaux bâtiments réunissent les anciens, fermant au nord les anciennes cours. Toutes les galeries sont closes et vitrées.

En 1975, naît la nouvelle maternité, Guy Le Lorier. Elle comporte quarante lits de gynécologie, vingt deux lits de grossesse à haut risque, soixante lits d’obstétrique, six lits pour les interruptions de grossesse et trente berceaux de prématurés, un bloc opératoire composé de quatre salles d’opération, et quatre salles de travail. La construction coûte 17 275 millions de francs.

En même temps, toutes les structures désuètes sont restaurées. Les grandes salles d’antan sont cloisonnées et remplacées par des chambres à un ou deux lits avec chacune, un lavabo et un W-C. De faux plafonds sont posés en certains endroits, ramenant la hauteur des couloirs à 3,50m. La transformation des bâtiments actuels Babinski et Morin s’achève. Celle de Grégoire et Galien avance. Le dernier étage mansardé du bâtiment Morin abrite un laboratoire. Un centre de dialyse rénale et des centres de réanimation sont mis en place. Des escaliers beaucoup plus étroits remplacent les anciens situés aux extrémités des bâtiments. De multiples ascenseurs sont installés.

La capacité d’accueil de l’hôpital descend à mille quarante sept lits. Elle diminue encore, quand les travaux sont achevés. Cette perte d’activité se trouve compensée par l’ouverture d’hôpitaux suburbains, dépendant soit de l’Assistance publique, soit des municipalités de Bondy, Montreuil, Aulnay-sous-bois.

Un service performant de radiothérapie et de physiothérapie est inauguré en 1972. Les rénovations continuent. En 1987, un centre lourd d’imagerie (IRM, scanographe) est créé. En 1989, le service informatique est mis en place, un saturne 41 est installé en radiothérapie. Puis l’effort de modernisation se poursuit pour améliorer les conditions d’hospitalisation des malades. La plupart des services médico-techniques font l’objet d’opérations lourdes de reconstruction et d’équipement. Dernièrement, les grandes transformations se sont prolongées avec la réalisation du bâtiment Gabriel inauguré en janvier 1994.

Le berceau de la radiologie

En 1897, soit un an après la découverte de Roentgen, Antoine Béclère (1856-1939) reconnu pour ses travaux sur l’immunité vaccinale variolique et les glandes à sécrétion interne, est affecté à Tenon comme chef de service. Ayant assisté en 1896 à une séance de radioscopie chez Oudin, il saisit immédiatement la portée considérable de cette nouvelle méthode. Il décide de l’employer. Son service comprend trois espaces : les salles Pidoux, Trousseau et Cruveilhier. L’électricité n’étant pas encore installée, Béclère a recours à la machine statique à plateaux et à la bobine de Ruhmkorff, alimentée par une batterie d’accumulateurs qu’il faut recharger à l’extérieur, (faute d’ascenseurs, il monte à pied, chargé de ce poids, cent vingt marches). Ses collègues plaisantent sur ses « bulles et amusettes » sans se douter que cette géniale intuition participerait au développement de la radiologie. Il utilise un écran fluorescent qu’il tient d’une main, avec l’autre, il appuie sur le thorax du patient. Il examine à l’écran radioscopique tous les enfants. C’est l’origine du dépistage de la tuberculose (7) et la venue du premier laboratoire hospitalier de radiologie. Il n’y a pas d’endroit prévu pour le développement, aussi Béclère est-il obligé de rapporter à son domicile les lourds clichés en verre que Mme Béclère traite elle-même.
Par ailleurs, persuadé « que pour bien connaître un sujet, il faut l’enseigner » il organise avec son interne André Jousset un enseignement de la radiologie. La première leçon a lieu le dimanche 6 novembre 1897 à 10 heures. Chaque cours est suivi d’une présentation de malades et d’examens radioscopiques.

Antoine Béclère ne reste que deux ans à Tenon, allant ensuite créer à Saint-Antoine ce que Gosta Forsell, de Stockholm, va appeler la première clinique radiologique d’Europe. Béclère obtient, en 1902, la création d’un service de radiologie dans dix hôpitaux de Paris.

En 1919, Proust, chef d’un service de chirurgie qui dispose du radium et d’appareils de radiothérapie, prouve l’intérêt de l’association radiochirurgicale dans le traitement du cancer. Utilisant des méthodes nouvelles, « il ne voulait pas qu’on fasse un diagnostic sur pièces, car il croyait à l’importance d’un regard humain qui se voulait compréhensif ».

En 1922, Mallet dirige le Centre de traitements des tumeurs. Il démontre la luminescence de l’eau soumise au rayonnement du radium. Il présente sa découverte à l’Académie des sciences le 20 juillet 1926. Or huit ans après, en 1934, un savant russe Cerenkov redécouvre ce phénomène, ce qui lui vaut le prix Nobel. Il faut les véhémentes protestations de la Société de radiologie pour que le comité Nobel reconnaisse l’antériorité de la découverte de Mallet. A défaut de recevoir le prix, Mallet obtient que le phénomène soit appelé l’effet Mallet-Cerenkov.

La première unité de télécesiumthérapie de l’Assistance publique est installée en 1962 ; la première unité de télécobaltothérapie en 1964 dans le pavillon Gernez. Le centre des tumeurs est reconstruit en 1971 dans un bâtiment nommé Robert-Proust. Ce nouveau service constitue un des centres « lourds » de radiothérapie de l’Assistance publique ; il est équipé de trois accélérateurs linéaires - construction française - dont deux prototypes(8).
 
     
  Dernières transformations et créations de services :  
     
 
1968-1970  
Construction de deux pavillons de cinq étages destinés à la Pneumophtisiologieet à la Radiothérapie.
     
1973   Unité de recherche INSERM, raccordée au pavillon Castaigne.
     
1976  
Construction du service de Gynécologique Obstétrique (maternité).
     
1981  
Ouverture du bâtiment Achard regroupant les laboratoires centraux.
     
1987   Création d'un centre d'imagerie lourd, IRM-scanographe.
     
1989  
Création d'un service informatique. Installation d'un "Saturne 41" dans le service de Radiothérapie.
     
1990  
Installation du service d'Histo-cyto-embryologie orientée en Biologie tumorale et Génétique moléculaire.
     
1993  
Ouverture du bâtiment Gabriel qui abrite la Néphrologie, l'Urologie et Andrologie, l'ORL, l'hôpital de jour de Médecine, les consultations d'Ophtalmologie et de Dermatologie, un bloc commun (7 salles d’opération) et une salle de surveillance post-interventionnelle.
     
1996  
Arrivée de deux nouveaux services :

• le service d’Histo-cyto-embryologie orientée en Biologie de la reproduction et Génétique chromosomique + unité CECOS, installé au sous-sol du bâtiment Guy Le Lorier.
• le service de Chirurgie thoracique et vasculaire installé dans le bâtiment Grégoire.
• Installation de l’unité de Médecine vasculaire dans le bâtiment Morin.
     
1999  
Installation du service de Médecine interne orientée en Allergologie dans les bâtiments Morin et Lavoisier.
     
2000  
Création du centre interhospitalier TEP (tomographie à émission de positons).
     
2001  
Arrivée de la chirurgie gynécologique de l’Hôtel Dieu en complément des activités déjà existantes à Tenon.
     
2002  
Arrivée du service de Maladies infectieuses et tropicales et de l’unité d’immunologie biologique.
     
2003   Arrivée du service de virologie.
     
2004  
Arrivée du service d’ORL (hospitalisation et activité opératoire) de l’hôpital Saint-Antoine ; départ de l’unité de génétique moléculaire pour l’hôpital Pitié-Salpêtrière.
     
2005



 
Départ du service de chirurgie orthopédique et traumatologique pour l’hôpital Saint-Antoine ; accueil de l’activité de dermatologie (consultation et hospitalisation) de l’hôpital Pitié Salpêtrière. Regroupement des services en pôles d’activités médicales.
 
     
 
(1) L’Hôpital fut appelé Lariboisière du nom de la Comtesse de la Riboisière qui avait légué une somme de 2 600 000 F (soit 396 367€) pour sa construction.

(2) Ménilmontant était un petit hameau qui s’était développé autour d’un mesnil, villa dénommée dans une charte de 1224 Mesnilium mali temporis (mesnil du mauvais temps) situé sur une des collines les plus élevées qui entouraient alors Paris ; il était devenu le 1er janvier 1860, lors de son intégration dans la ville, le 20e arrondissement, celui de Ménilmontant.

(3) Ces estimations étaient très exagérées. En 1901, le prix de la journée s’élevait à 3,52 F (soit 0,46€) et le directeur de l’AP, Mesureur, se plaignit déjà des dépenses excessives en lait et en eau et cherchait à connaître la part des frais pharmaceutiques pour chaque malade.

(4) Les écoles d’infirmières laïques furent créées en avril et mai 1878 à la Salpêtrière et à Bicêtre.

(5) En 1815, c’est également le concierge de l’Hôtel Dieu qui avait prévenu Pelletan de la mesure d’éviction prise contre lui.

(6) En 1884, les internes de Tenon avaient donné dans leur salle de garde, une revue comique de Fauquez et Paguy qui eut un grand succès. Dix ans auparavant, les internes de Saint-Louis avaient joué l’opéra de Lermoyez et Molines (PLM) (pour les malades) qui avait permis de fonder une rente de 400 F (61€) pour être attribuée aux femmes syphilitiques nécessiteuses qui n’avaient pas droit au legs Montyon.

(7) Dans les six volumes contenant les travaux du Congrès International de la tuberculose, tenu à Washington en 1908, on ne rencontre qu’une seule communication ayant trait au secours qu’apportent les rayons X au diagnostic de la tuberculose : celle d’Édouard Rist. La radiologie avait encore bien peu de crédit à l’époque.

(8) L’inauguration de l’accélérateur Saturne a permis en novembre 1975 de réunir, sur une même photographie, les quatre chefs de service qui s’étaient succédés depuis 1922 : Lucien Mallet, Auguste Devois, Charles Proux, Alain Laugier.
 
     
 
Jacques-René Tenon

(1724-1816)

« Un homme qui ne connaissait d’autre but que de se rendre utile aux autres»
 
     
 
Né à Sepeaux dans l’Yonne le 21 février 1724, Jacques-René Tenon est issu d’une famille de chirurgiens pauvres, et c’est à cette carrière qu’il se destine malgré « son dégoût pour l’anatomie...son effroi pour la chirurgie...et l’horreur que lui avait inspiré l’administration des hôpitaux ».

Quelques citations empruntées à Cuvier donnent une idée de l’homme que fut Tenon : « De complexion faible, aux prises avec la fortune et la nature, parvenant à force de persévérance à remporter sur l’une et l’autre une victoire durable... Le caractère particulier de son esprit sembla consister dans l’exactitude la plus minutieuse... Comme il avait calculé l’action de tout, tout lui paraissait pouvoir devenir remède... Son visage austère... Sa haute stature... Le faisaient le représentant de la génération précédente. »

Un cousin de sa mère le fit entrer comme élève à l’Hôtel Dieu. Là, il fut frappé de la promiscuité et de l’encombrement des salles.

Arrivé à Paris en 1741, il devient l’élève de Winslow qui l’initie à l’anatomie. La réforme des études de chirurgie de 1743 obligeait les élèves à obtenir une maîtrise et Tenon, jusque là peu lettré, doit vite faire ses humanités. Dès lors, ses succès sont rapides.

Comme sujet de thèse (en latin) il choisit la cataracte, première thèse où on utilisait l’iconographie pour illustrer un détail de technique opératoire.

Le précurseur de la médecine du travail

On peut considérer Tenon comme un précurseur de la médecine du travail. Pour étudier l’intoxication mercurielle des chapeliers, il se rendit dans les manufactures où on utilisait les peaux de lapin, s’attachant à s’assurer si dans chaque fabrique on usait des mêmes procédés. En découvrant une maladie professionnelle et en préconisant les moyens de l’éviter, Tenon se révéla un véritable médecin du travail.

L’homme de sciences

Dès son arrivée à l’Hôtel Dieu, Tenon avait été frappé des déficiences de l’établissement auxquelles il a, toute sa vie, cherché à porter remède.

En 1778, dans le discours d’inauguration du nouveau collège de chirurgie - l’ancienne faculté de la rue de l’École de médecine, il insista sur la nécessité de
construire de nouveaux hôpitaux. En 1780, il lut à l’Académie de chirurgie un Mémoire sur les infirmeries et les prisons. En 1785, il fut un des commissaires de l’Académie des sciences, qui à la demande de Louis XVI, devait enquêter sur la situation de l’Hôtel Dieu et celle des autres hôpitaux.

Les administrateurs de l’Hôtel Dieu refusèrent à ses commissaires l’entrée des salles et même la communication de leurs registres et du règlement. Mais Tenon y suppléa. Depuis son entrée en fonction de chef de service à la Salpêtrière, il notait ses observations. Il pu déposer un rapport. A sa lecture le Roi l’envoya et en Angleterre et en Hollande pour visiter « la toise à la main » les nouveaux hôpitaux de la marine à Plymouth et à Portsmouth. Au passage, il avait visité les hôpitaux de Chantilly, Amiens, Montreuil et Calais.

A son retour, en 1788, à la veille de la Révolution, sur ordre de Louis XVI, il publia son Mémoire sur les hôpitaux de Paris. Ce mémoire de six cent pages était tout à fait nouveau dans sa conception. Tenon ne se contentait pas de critiquer, il préconisa des mesures propres à remédier aux défectuosités.

Il étudie d’abord l’Hôtel Dieu. Cet hôpital ne pouvait s’étendre en surface et avait été élevé étages sur étages. Les salles étaient encombrées de malades qui occupaient les lits par quatre et même six. A certaines périodes on ajoutait des lits de sangle et même des brancards sur les ciels de lit. Les malheureux serrés les uns contre les autres, sentaient quelques fois un ou deux morts, entre eux, pendant des heures et des heures. On plaçait pêle-mêle tous les malades sans distinguer ni les maladies contagieuses, ni celles de la peau qui étaient particulièrement fréquentes. Les femmes en couches, les nouveau-nés étaient dans les mêmes salles. On opérait les patients dans les salles. L’aspect redoutable des instruments s’étalait devant les yeux des autres personnes alitées. Les cris des malheureux, attachés sur la table où on les opérait, terrorisaient ceux qui devaient leur succéder. Le quart des malades qui entraient à l’Hôtel Dieu mourait. La moitié des autres contractaient avant leur sortie, une seconde maladie différente de celle qui avait nécessité leur admission.

Tenon voulait porter remède à cette situation lamentable, réduire l’effarante mortalité et soigner les malades. Un hôpital moderne devait répondre aux besoins des six cent cinquante mille parisiens de l’époque. Il devait être aménagé en fonction des malades. Il fallait séparer les indigents des malades, d’où la nécessité de pavillons. Les expériences de Lavoisier en 1785, sur la respiration avaient fait croire que les fébricitants avaient besoin d’une plus grande quantité d’oxygène, d’où la hauteur des salles. Les grandes fenêtres laissaient entrer le soleil : « Là où entre le soleil, la maladie n’entre pas ».

Pour Tenon, faire partager un lit par plusieurs malades, était un outrage à la religion, la médecine, l’humanité et le bon ordre. Il a calculé la dimension des lits individuels par rapport à la taille moyenne des habitants. C’était déjà de l’ergonomie. Les dispositions suivantes devaient être prises : latrines installées en dehors des salles, services généraux indépendants des pavillons des malades et morgue placée nettement à l’écart.

Il fallait penser au risque d’incendie. Les grands incendies de l’Hôtel Dieu étaient survenus, à trois reprises, en quarante ans. Des accès et des escaliers larges étaient nécessaires pour faciliter l’évacuation des alités ainsi que leur installation.

Tenon prévoyait aussi des chambres d’isolement et des services spéciaux pour la gynécologie, l’obstétrique et les nouveau-nés. En chirurgie, il préconisait des salles pour recevoir les malades externes et d’autres pour les examiner et les traiter, indépendantes des salles d’hospitalisation. Les salles d’opération devaient être installées à l’écart des autres salles, dallées et pourvues d’eau.

Tenon avait observé les aliénés à la Salpêtrière et il avait visité, à Londres, les maisons des aliénistes célèbres, à Saint-Luc et à Bethléem. Il indiqua la disposition des locaux et la manière de les soigner. Il voulait installer les fous à l’hôpital Sainte-Anne qui était désaffecté. En attendant la réorganisation de cet hôpital, il avait agrandi la salle Saint-Louis de l’Hôtel Dieu en la réservant aux aliénés.

L’hôpital devait être en outre, un Centre d’études et d’instruction médicale. Tenon se préoccupait de la formation des jeunes médecins et du progrès médical.

En conclusion, il proposait de détruire l’Hôtel Dieu qui était malsain dans le centre surpeuplé de Paris et de le remplacer par quatre hôpitaux à construire aux portes de Paris. Celui de Ménilmontant était prévu dans son rapport. Il est donc juste qu’il porte le nom d’un homme « qui ne connaissait d’autre but que de se rendre utile aux autres ».

L’homme d’avant-garde

Les principes d’hygiène et d’architecture qu’il avait prescrits ont guidé la construction des hôpitaux à type pavillonnaire en Europe et en Amérique au XIXe siècle. Un décret du 4 ventôse an IV (1796) a imposé à chaque hôpital une salle spécialement réservée aux opérations.

Ainsi Tenon a contribué à la transformation des oeuvres de charité, héritées de la chrétienté médiévale, en une organisation philanthropique contrôlée par l’Etat. Destiné d’abord à recevoir les indigents, l’hôpital devint un centre de soins et d’enseignement au lit du malade.

La révolution et les guerres de l’Empire contraignirent à attendre 1833 pour voir s’édifier l’hôpital Lariboisière. L’hôpital Tenon fut inauguré en 1877.

La Terreur l’effraya. Le 31 décembre 1792, il quitta Paris « contraint par la violence des orages politiques à rechercher sa sûreté dans la solitude et l’éloignement ». Il retourna dans son village natal de l’Yonne. En juillet 1815, l’invasion pilla sa maison, forçant ce vieillard de 92 ans à fuir.

Il devait mourir six mois après, le 16 janvier 1816.

Jacques-René Tenon est enterré au cimetière du Père-Lachaise, à proximité de l’hôpital. Sa tombe a fait l’objet d’une rénovation en 2002.
 
     
 
 
     
     
       
maj : 12/02/2012
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