L'Hormonothérapie anti-tumorale


 
 
Un peu d'HistoireÖ

Certaines cellules cancéreuses sont stimulées par des hormones, ostrogéniques (les ústrogènes) chez la femme, androgéniques (la testostérone) chez l'homme. Ces cancers hormono-dépendants, en l'occurrence et principalement les cancers du sein et de la prostate, peuvent être traités par un traitement hormonal, ou plus exactement anti-hormonal, dont le but sera de contre-carrer l'action des ústrogènes chez la femme et celle des androgènes chez l'homme.

Le caractère hormono-dépendant de certains cancers est démontré depuis longtemps ! En effet, dès la fin du XXIème siècle, le chirurgien anglais, Sir Edgar Beatson a en effet démontré que l'ovariectomie bilatérale chez des femmes atteintes de cancers du sein améliorait leur pronostic. Dès lors, les bases de l'hormonothérapie des cancers du sein furent jetées et l'histoire s'est écrite faite de succès croissants dans le traitement des cancers du sein et de la prostate.
 
 
 
 
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Sir Edgar Beatson
 
     
 
Un peu de biologieÖ

Chez l'Homme, les secrétions hormonales sont dépendantes d'une régulation cérébrale, celle de l'axe hypothalomo-hypophysaire. La glande hypothalamique produit une hormone, la LH-RH ( luteinising hormone releasing hormone , ou gonadoréline, ou gonadolibérine) qui stimule la production, par l'hypophyse antérieure, d'hormone lutéotrope (LH ou luteinising hormone et FSH ou Follicular Stimulating Hormone ) qui, à son tour, stimule les gonades (testicules ou ovaires). Dès la puberté, la LH-RH est produite de manière cyclique. Chez l'homme, elle active la sécrétion hormonale testiculaire et la production de gamètes (spermatogenèse) ; chez la femme elle déclenche l'ovulation en milieu de cycle.

La production d'hormones sexuelles par les gonades est soumise à une régulation extrêmement précise grâce au rétrocontrôle qui s'exerce au niveau hypothalamique : elles freinent la production de LH-RH, ce qui module la production des hormones hypophysaires (FSH et LH) agissant sur les gonades (gonadotropes). La boucle est boucléeÖ !
 
     
 
 
 
L'axe Hypothalamo-hypophyso-gonadique
 
 
 
 
Et pour le Cancer ?...

Dans les cancers hormono-dépendants du sein (60% des cancers du sein) et ceux de la prostate, la survie et la prolifération cellulaire sont soutenues respectivement par les estrogènes ou les androgènes. La privation de cette influence hormonale peut inhiber la prolifération et/ou entraîner la mort des cellules cancéreuses et permettre des effets anti-tumoraux durables.

En matière de traitement des cancers, il est donc possible d'agir de plusieurs façons, éventuellement associées entre-elles, pour in fine aboutir à la suppression de l'influence des estrogènes dans le cancer du sein et des androgènes dans le cancer de la prostate. Il faut toutefois savoir que les glandes surrénaliennes produisent aussi des ústrogènes ou des androgènes et que chez la femme, la peau est aussi une source non-négligeable de production d'hormones ostrogéniques :
 

- Soit par une action de type suppressive  :

•  castration chirurgicale (ovariectomie, pulpectomie)
•  castraction radiothérapeutique (radiothérapie ovarienne)
•  castration chimique par des agonistes de la LH-RH , qui agissant comme des leurres, vont épuiser la secrétion de la FSH et de la LH par l'hypophyse

- Soit par une action de type substitutive :

•  utilisation d'anti-ústrogène chez la femme ( Tamoxifène® chez la femme non-ménopausée et Inhibiteurs des Aromatases ovariennes chez la femme ménopausée)
•  utilisation de médicaments anti-androgéniques chez l'homme

L'hormonothérapie des cancers du sein.


L'hormonothérapie des cancers du sein peut être appliquée en situation adjuvante, c'est-à-dire au décours d'un acte chirurgical complet et ce dans le but de réduire le risque de rechute, mais aussi en cas de rechute ou de métastases, surtout mais pas exclusivement chez les patientes âgées.

Dans le premier cas, en situation adjuvante, le traitement est généralement d'une durée de cinq ans et fait appel à la prescription de Tamoxifène® chez la femme non Ė ménopausée (sauf contre-indication d'ordre thrombo-embolique) et à des inhibiteurs des aromatases ovariennes chez la femme ménopausée ( anastrazole, létrozole, exémestane ). Le Tamoxifène® est parfois associé aux agonistes de la LH-RH , dans ce cas pour une période de temps limité.
 
     
 
 
     
 
Les principaux effets secondaires du Tamoxifène® sont de trois ordres :

•  des bouffées de chaleur pour lesquelles des médicaments seront proposés par votre oncologue (toutefois l'acupuncture et l'homéopathie trouvent une place intéressante ici),
•  des effets thrombo-emboliques (notamment sur les terrains à risque et dans les situations d'immobilité ou de voyage prolongé en avion)
•  une prise de poids réversible à l'arrêt du traitement.

Les principaux effets secondaires des inhibiteurs des aromatases sont des douleurs articulaires touchant les petites articulations. Ce sont en fait des ténosynovites (inflammation des tendons). Elles ne sont jamais graves et cessent en général dans les premiers mois de traitement. Elles surviennent chez 30% des patientes et imposent très rarement l'arrêt du traitement. Une surveillance du statut osseux sera instaurée (ostéodensitométrie) et si besoin votre oncologue proposera un traitement préventif ou curatif de l'ostéoporose.

L'hormonothérapie des cancers de la prostate


Pour traiter le cancer de la prostate, l'hormonothérapie offre de nombreuses possibilités. La première solution, et à ce titre la plus ancienne, est celle de procéder à une pulpectomie, geste chirurgical qui consiste à enlever la partie glandulaire (la pulpe) des testicules qui fabrique la testostérone. Cette castration chirurgicale aboutit à la disparition de la sécrétion de testostérone dont les taux sanguins s'effondrent très vite. Cette technique est encore utilisée mais beaucoup plus rarement que par le passé.

Les techniques modernes font appel à des molécules innovantes. Si toutes agissent de la même manière, à savoir une castration chimique, elles n ' ont pas les mêmes effets secondaires :
  • Les agonistes de la LH-RH sont efficaces mais vont entraîner des effets secondaires importants, tels qu ' impuissance, bouffées de chaleurÖ
  • Les anti-androgènes stéroïdiens entraînent une baisse du taux de testostérone et donc de la libido et de la puissance sexuelle ;
  • Les anti-androgènes périphériques ne font pas baisser le taux de testostérone et préservent donc la sexualité, notamment chez les jeunes hommes. Mais ils peuvent entraîner des gynécomasties (développement de la poitrine) importantes ;
  • Les ústrogènes ne sont plus utilisés, sauf en situation d'urgence, en raison de leurs risques thrombo-emboliqu
 
 
 
     
 
L'utilisation de l ' un ou l ' autre de ces composés ou d ' associations dépend de chaque cas, de la situation tumorale, du contexte dans lequel survient la maladieÖ.La durée de cette hormonothérapie est variable et certains oncologues proposent de faire des fenêtres thérapeutiques, émettant l'hypothèse que ces pauses dans le traitement diminueraient le risque de voir apparaître une hormono-résistance au traitement. Enfin, cette hormonothérapie peut précéder la radiothérapie pour faciliter l'action de celle-ci ou peut lui être associée.
 
     
       
maj : 03/03/2016
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